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Bonsoir à tous

Un lecteur me fait part de son étonnement quant à l’organisation, au Centre Pompidou de Metz, d’une exposition consacrée aux paparazzis.

CPompidou_metz

A l’heure où la France s’indigne de ce que certains juristes appellent déjà le « Closergate », et où il est de bon ton de s’indigner qu’un minimum de vie privée ne soit plus respectée, on organise d’un autre côté une exposition mettant en valeur ce type de photos. L’interrogation de l’Internaute est la suivante : « Ne pensez-vous que cette exposition, par la nature même du lieu officiel qui l’habite, c’est-à-dire, un musée consacré aux oeuvres d’art, peut risquer justement de légitimiser ce type de photographies et de ce fait ouvrir la voie à de nouvelles jurisprudences du style… » Si un musée national en fait l’éloge…comment ensuite pourrait-on en interdire la pratique…?. »

C’est en effet une possibilité… pour rappel d’ailleurs, des photos de paparazzis se sont vus refuser une protection au titre du droit d’auteur, toujours sur cette fameuse notion d’originalité (qui dans son principe n’est bien sûr pas moins contestable dans ce cas).

Donc, question du jour, à laquelle je vous suggère de répondre ci-dessous , est tout simplement : « Que pensez-vous du principe même de consacrer une expo à des photos de paparazzis » ?

Tout le monde s’entendra sans doute pour dire que s’il n’y avait pas de lecteurs pour ce genre de magazines, il n’y aurait pas non plus de photos… certes…  mais faut-il qu’un organisme culturel en fasse le sujet d’une expo ?

Cela vous changera de mes proses juridiques…  A vous de jouer, et merci à l’Internaute qui m’a suggéré ce sujet.

Joëlle Verbrugge

23 commentaires sur cet article

  1. Je vais voir cette exposition demain.

    Je répondrais juste que c’est de la photographie. Pas de celles que j’aime, mais qui s’apparentent à de l’animalier.

    Enfin, oui à mes yeux, elle a sa place dans un musée et en exposituons à caractère culturelle. La presse même de caniveau en est un pan, de notre culture.

  2. Bonjour,

    Je pense que ce genre d’initiative est dangereuse à plus d’un titre.
    – d’abord parce que ça ne fera que brouiller un peu plus la frontière, déjà bien floue, entre droit à l’image et droit de faire des images. Surtout auprès des personnes susceptibles d’être photographiées. Ce qui finira par se retourner contre TOUS les photographes.
    – ensuite, bien évidemment, parce que ça légitimera un peu plus ce genre de pratique qui est bien loin d’une pratique artistique de la photographie. Tout ce qui fait l’intérêt artistique d’une photo (composition, lumière, etc.) est ici secondaire (ou même inexistant).
    – également parce que ce genre de pratique est presque inséparable d’une vision purement mercantile de la photo. On peut d’ailleurs se demander si ce n’est pas la seule raison qui a poussé à l’organisation d’une telle expo (10€ l’entrée quand même !!!!).

    Après, on peut toujours dire qu’à une certaine époque certaines oeuvres, aujourd’hui incontournables, étaient considérées comme la photo de paparazzi de nos jours ?
    Serais-je devenu un vieux c** ? Je ne pense pas…

  3. Bonsoir,
    plein d’avis disparates sur ce sujet, pour commencer:
    -qui serait heureux de voir sa photo publiée sans son consentement?
    -le paparazzo n’est-il pas le « père » du « facebooker?
    Quant à la tenue d’une exposition, plein d’avis disparates aussi; mais surtout un sujet qui mérite plus que réflexion et permet d’ouvrir un profond débat et faut-il légiférer ou respecter le droit d’expression?
    Bonne soirée

  4. Passons le côté juridique sur le droit à l’image et la vie privée et parlons uniquement d’une exposition. Parlons d’un choix de montrer certaines photographies qui servent de référence. Je n’ai pas vu l’exposition du centre Pompidou à Metz, j’aimerais pourtant.

    Paparazzo c’est un métier. Paparazzo est un métier de photographe et de journaliste. Lorsqu’elles sont réussies, les photographies de paparazzis dérangent, amusent, révèlent ou choquent parfois l’image que l’on se fait de notre société. C’est une image et cette image a un but : c’est le scoop. Savoir trouver l’information avant qu’elle n’arrive et s’obstiner à l’obtenir relève d’un savoir faire de journaliste. C’est pour cela que ces images doivent exister. Si on ne les fait pas, nous ne verrons uniquement que les images « officielles » des hommes politiques, stars ou milliardaires. On entrerait dans une sorte de propagande, de paysage lisse, de société où tout se passerait bien. Un paparazzo doit savoir trouver le scoop, l’information que les autres n’ont pas, et c’est là qu’il se distingue.
    Une bonne photo de paparazzo est une photo qui a une signification. Dans cette situation, le choix du sujet fait l’intérêt d’une bonne image. Ces images de paparazzis méritent en effet d’être exposées, d’être mise en valeur pour montrer ce qu’est véritablement ce métier et le différencier d’une approche parfois trop amateur (celle que l’on retrouve malheureusement trop souvent). Les paparazzis sont une famille, de moustiques italiens, certes, mais aussi de professionnels.

    Lorsqu’un journaliste dévoile un scandale tout le monde fait son éloge il est talentueux et ira peut être au panthéon. Quand un paparazzo fait la même chose, on lui dit « de quoi je me mêle ? » C’est étrange. On sait tous que Paris-Match dont le slogan « Le poids des mots, le choc des photos » révélait la pertinence journalistique des images. De grands noms de la photographie ont publié dans ce magazine où la qualité des images fait celle du reportage. Oui, ces photographies méritent d’être exposées. Le métier de Paparazzi sert de dénonciation comme de faire valoir. On ne sait pas dans quelle case les ranger et c’est pour cela qu’ils nous mettent mal à l’aise. Bons ou mauvais ? Bien ou mal ? Brigitte Bardot, Johnny Halliday, les vacances de Sarkozy. Combien de stars ont profité de l’existence des paparazzis pour qu’on parle d’elles dans les magazines ? Et il fallait en plus que les images soient belles !

    Exposer des photographies de paparazzis et les élever au niveau d’oeuvre montre que ce métier est un savoir-faire qui n’est pas à la portée de tous et qu’il faut du talent pour obtenir ces images. Le hors-champ, l’éclairage brutal, le décadrage tous cela a un sens dans leur travail. Une photographie ne doit pas ressembler à une photo de mode ou à une photo documentaire. Les photos de guerre sont, elles aussi, souvent décadrées et la mise au point avec ses deux mains peut s’avérer difficile. Pourtant, même si ce n’est pas non plus leur but premier, ces photographies méritent aussi d’être exposées, car, comme celles des paparazzi, elles racontent et révèlent.
    Comme est l’a été entre photographie et sciences ou photographie et art, la frontière entre photographie et journalisme est parfois mince. Si nous devons critiquer les paparazzis aujourd’hui, alors critiquons la presse d’abord. Où sont passé les véritables journalistes ?

  5. Bonjour
    Je pense que depuis des année le « paparazzisme » est une pratique qui est entrée dans la culture, au sens général, de beaucoup de sociétés.
    La curiosité, sûrement malsaine, de certains et certaines au sujet de la vie des « stars » , je devrais plutôt dire « des gens en vue » ou des « leaders d’opinions » est une production des multiples médias susceptibles de satisfaire cette curiosité ou, devrais je dire ce voyeurisme.
    Nous sommes entrés dans la culture des médias, écrits, audiovisuels
    Je pense donc qu’une exposition dans un espace culturel sur ce thème peut se justifier

    Cependant, j’ai bien dis « peut » se justifier………….

    Tout dépend maintenant de la façon dont cette exposition est conçue et présentée au public. Tout le monde sait que la « scénarisation » d’une exposition a une grande influence sur la perception que peut avoir un public non averti des « oeuvres » exposées.
    Incite t’on a admirer (voire a se lancer dans cet « art » discutable) ou veut t’on montrer les conséquences quelque fois déplaisantes ou dommageables, ou les conséquences au deuxième niveau (dommages et intérêts juteux) de cet « art » sur les « victimes ».
    Montrera t’on aussi la complicité et l’accord tacite, qui existe quelquefois, entre ces photographes et leurs sujets. Séparera t’on le cliché brut des divers habillages qui leur seront, donnés par les médias ou leur ont été donné. Organisera t’on a cette occasion des conférences débat entre ces professionnels et le public ou des juristes……. et entre les « utilisateurs » (redac chef, société de presse, etc) et le public

    Pour moi c’est: prenons le risque, faisons cette expo……… mais je plains le conservateur de l’exposition, il va avoir un sacré boulot pour rester neutre et objectif, dans tous les cas il sera décrié

    Personnellement je ne suis pas attiré par ce genre de reportage, si tant est que l’on puisse appeler cela ainsi sans faire injure aux vrais « photo reporters »

  6. Bonsoir à tous..ou bonne nuit…vu l’heure tardive, du coup, je ne sais plus trop…En tous cas, je suis ravi du départ de ce sympathique débat et j’avoue déjà avoir bien apprécié les précédents commentaires fort intéressants…Personnellement par contre, je me donne encore un petit peu de temps de réflexion…non par lâcheté…mais comme je dois justement visiter cette exposition en début de semaine prochaine, je vais attendre de voir les photographies qui seront présentées et leur mise en situation…peut-être même certains photographes seront présents et donc des échanges pourront avoir lieu…Je sais aussi qu’il n’y aura pas que des photographies mais des montages voire collages issus de photos…Tout ceci a l’air d’avoir été très minutieusement préparé pour donner à la « photo volée  » une vraie lettre de noblesse dans ce joli lieu où ont déjà cohabité: Picasso, Braque, Dali, Matisse….C’est pas rien…quand même….
    Un éminent député a déjà tout à l’heure lancé une petite réflexion à ce sujet, à la télévision, en disant, en substance, à Mme notre ministre de la culture … » Est-ce qu’on accepterait dans un musée une exposition de tableaux volés présentés par les voleurs eux-mêmes…?.. »
    C’est donc une sérieuse question qui est lancée….Amour de l’Art photographique, fétichisme des anciennes et nouvelles stars, reconnaissance d’une profession, conseils techniques ou simple voyeurisme….Que vont venir chercher les visiteurs…? Je reviens vers vous la semaine prochaine pour vous donner quelques échos de mes visites…Car très  » curieusement… » j’ai bien l’intention quand même, d’y retourner plusieurs fois…

  7. Bonjour excellent article de Aude, il y a eu une trés belle expo à Londres il y a qques années avec des photos de trés grandes qualités artistiques? içi il semble que les photos sont surtout des personnalités d’il y a plus de 10 ans. Quand une Mazzarine s’indigne alors qu’elle a vécue grace à l’argent de la république c’est obscène.. car tous les journalistes savaient et Miterrand a organisé cette paparazzade, c’est aussi lui qui a fait rentré Trierweiler à Match alors il ne faut pas s’étonner ensuite qu’elle soit suivie lorsque sa vie intime évolue.
    La photo de Miterrand sur son lit de mort est du plus mauvais gout et faite par ses proches… Tout cela m’interroge sur la réels qualité des journalistes en France qui ont tendance grâce à des avantages fiscaux non négligeables rétablis par Hollande a très souvent confondre intérêts, complaisance et information il suffit de regarder comment sont traités les infos du fils Sarko et celui de V Trierweiler…
    En conclusion l’attitude des politiques est souvent lamentable…dans beaucoup de pays démocratiques ils devraient démissionner, car il faut dissocier les personnages politiques qui nous doivent des comptes dés que cela engage notre argent et les délires romancés des gens du show biz racontés dans les journaux à 2 € .
    Dernière chose un certain nombre de « vedettes » vivent trés bien de ces publications car c’est du net d’impôt pour les dommages et intérêts, merci la France.
    Par contre cela nous interroge sur qui lit une certaine presse…

  8. l’analyse de Aude me parait aussi perspicace, et donc pas grand chose à ajouter, sinon que le « paparazzisme » peut être considéré comme un « mouvement » dans l’histoire de la photographie, sur lequel on ne peut sans doute pas faire l’impasse. Comme il est signalé par ailleurs, les histoires entre les paparazzi et leurs « victimes » ont souvent trouvé terrain d’entente à coup de monnaie sonnante et trébuchante. Je n’ai pas vu les photos présentées à cette expo, mais je doute qu’une institution nationale se soient prêtée volontairement au risque de procès nombreux et couteux; ces photos sont certainement maintenant passées « à la postérité » !?

  9. Sans vouloir entrer dans le débat concernant la façon d’opérer des paparazzi et toutes les implications légales qu’elle implique, je sois admettre, sur le plan purement photographique, que certaines de ces photos volées (pas toutes, loin de là) sont de véritables œuvres d’art.

    Le temps, n’est-il pas la réponse à cette question ? Avec du recul, les remous que ces photos ont pu causer au moment de leur publication ont disparu et les images sans intérêt photographiques sont oubliées.
    Restent alors de beaux clichés qui sont un véritable témoignage de leur époque et en cela, elles ont peut-être leur place dans une expo.

    D’ailleurs, de ce point de vue, je pourrais poser la question suivante: Doisneau n’a-t-il pas été un (gentil) paparazzo du quidam ?

  10. Bonjour, comme dit auparavant je viens d’aller la voir. Les photos sont justes merveilleuses, les explications qui les accompagnent également.

    Les capacités des photographes qui durent dans ce pan du métier sont de très haut niveau.

    Enfin, n’oubliez pas qu’il y a à la clé un marché. Tout simplement. Et ça s’apparente bien à de l’animalier, selon mes critèrs : ni mieux ni moins bien.

    Ne la loupez pas si vous le pouvez !

  11. En ce qui me concerne, je suis également allé aujourd’hui visiter cette exposition au Centre Pompidou de Metz avec mon épouse et je vous livre ici mes impressions à la fois quant au contenu mais aussi à propos de la question de fond posée au début du débat.

    Concernant l’exposition elle-même, les photographies sont très bien mises en valeur réunies en thèmes différents, avec régulièrement des textes explicatifs présentant les époques, les tendances, les photographes…J’ai trouvé cela très intéressant. Le départ de l’exposition se fait avec le cinéma et l’hommage d’abord au maître Fellini, à l’origine lui-même de l’expression « paparazzi « . ce passage est superbement bien fait avec en plus un magnifique dessin créé par Fellini, lui-même croquant un photographe, excellent !!…On passe ensuite à des séquences du magnifique film de Zulawski , « L’important c’est d’aimer » avec une sublime Romy Schneider douloureusement effondrée devant le beau Fabio Testi en paparazzi touchant, c’est également superbe….L’exposition se poursuit ensuite avec des « alcôves » consacrées chacune à celles qui ont été les plus poursuivies, comme s’il s’agissait de leur récompense, curieux, ça, non ? …Brigitte, Caroline, Diana, Paris, Liz, Jackie…Leur nom gravé, au-dessus de leur « espace »…Là, j’avoue avoir été quelque peu surpris de cette mise en scène…que j’ai trouvée un peu « racoleuse » à mon goût…A l’intérieur bien évidemment un florilège de leurs « persécutions » photographiques ..et du coup je commence à m’interroger si l’endroit est vraiment le bon…

    Vont suivre ensuite effectivement des centaines de photographies, à donner le tournis, souvent argentiques en noir et blanc, de la « grande époque »…celle du « choc des photos ».. toutes celles qu’on a vues et souvent revues depuis des années dans les grands magazines de presse et qui nous renvoient à notre nostalgie…De Jaegger, à Halliday, Brando, Gainsbourg ou Kate Moss… et tant et tant d’autres…dont certains j’ignorais même le nom…

    Devant une telle accumulation, on peut effectivement sentir une vraie émotion, une vraie interpellation, voire de partage ..

    Par contre par rapport à l’avis de Ouds, je suis désolé, je m’en écarte quelque peu… Je ne les ai pas vraiment toutes trouvées merveilleuses ces photographies, même loin de là quelquefois… Pour certaines pas du tout techniquement intéressantes ni même jolies. On voit bien que le but était ailleurs…Surprendre essentiellement …et en fixant certains regards volées.. on sent immédiatement l’agression subie…Là, en grand format sous les éclairages des cimaises, c’est bien plus perturbant que dans un magazine…Parfois, elles mettent franchement mal à l’aise..Du coup, je revois Romy Schneider dans son rôle au début de l’expo et je me dis que peut-être était-ce prémonitoire….Le lecteur, lui va être content, ça c’est sûr…

    Il y aura des clichés émouvants…Pour moi, peut-être la plus frappante, celle de François Mitterrand, sur son lit de mort…en grand format en plus….volée, effectivement…par qui ? Le sait-t-on vraiment ?…le malaise se poursuit….Comment cette photo peut-elle se retrouver ici ?…Je m’interroge…

    A un moment, j’ai vraiment vu de très belles photographies, je pense à celles de Richard Avedon, notamment…En fait elles font photos volées….mais en réalité ce n’en est pas….Dommage!…Celles-ci ont pourtant vraiment leur place dans une galerie d’art…

    Pour finir on va arriver, à notre époque, celle où tout est permis, où l’objectif va chercher à se frayer un chemin sous les plis de la robe retroussée, dans l’entrebâillement d’une portière de voiture, à la recherche de l’oubli ( volontaire ou non..) du sous-vêtement de la starlette….curieusement, d’ailleurs une de ces photos est encadrée telle une œuvre classique qui en rappelle une autre, dans un des grands formats…Serait-on à Orsay ?…Effectivement cela a déjà existé, me direz-vous en peinture…oui mais en peinture…Il avait un pinceau et des tubes de matière, Gustave Courbet et non un reflex à moteur crépitant avec ses rafales continues et son zoom furtif, à la recherche de l’interstice…Là, j’ai eu un gros décalage avec mon concept de l’Art….puisque nous sommes dans un musée, me rappelais-je….et je me suis dit qu’il n’était pas du question pour moi de dénigrer le métier de paparazzi mais qu’au niveau de son rapport avec ma propre conception de l’Art, j’avais un peu de mal…..

    Ce qui m’a achevé en fait, ce sont les derniers panneaux., ceux où certains photographes célèbres de cette profession ont fixé, comme des reliques tout ce qu’ils avaient pu sortir des poubelles de quelques stars du show-biz…et à coté des multiples bouteilles vides et écrasées, canettes, lettres personnelles , factures lisibles ???…( Mais, on a le droit de faire ça… ? ), restes de nourritures, listings, tubes de dentifrices, détritus intimes usés et usagés…Où est l’Art dans tout ça….et le respect de la personne privée.

    En conclusion, je dirais que je ne suis pas déçu d’être venu, je savais quand même ce que j’allais y trouver…et puis c’est toujours agréable quand la machine à souvenirs de jeunesse se remet en marche…mais je m’interroge quand même sur le bien fondé de cette exposition à cet endroit. Je ne dénigre personne bien évidemment et je sais bien qu’entre la belle représentation d’une chose et la représentation d’une belle chose, les limites de la définition d’une œuvre d’art sont souvent fragiles …mais là, j’ai eu réellement tendance à penser que justement par ce choix de lieu emblématique…on a légitimé officiellement non seulement le voyeurisme mais aussi et c’est plus grave fait reculer un peu plus, les limites de l’espace personnel privé et j’ai trouvé cela plutôt inquiétant….

    Je ne serais pas surpris non plus que l’organisation de cette exposition n’engendre pas à courts termes quelques jurisprudences, dans le pays, concernant justement certaines procédures liées « au droit et la photographie », thème cher à notre talentueuse hôte….puisque justement….à partir d’aujourd’hui, on voit tout « ça » non plus dans une revue people à petit prix pour grand public…mais dans un musée national.

    1. Merci pour le lien Olivier. Effectivement, je viens d’écouter et c’est très intéressant de pouvoir suivre et confronter tous ces points de vue. C’est vrai aussi que depuis quelques jours, le sujet fait débat et donc qu’il interpelle…
      Ce qui m’amuse également, c’est d’avoir entendu récemment des personnes tenter de justifier le bien fondé de l’exposition bien qu’elles avaient, elles-mêmes, attaqué par le passé, des journaux pour des images qu’on leur avait volées…Marrant, ça!
      Maintenant ce qui est dit aussi et qui se voit de plus en plus en ce moment, c’est l’importance du degré de connivence, selon l’intérêt réciproque de l’un et de l’autre, à une période donnée, qui peut avoir un effet boomerang lorsque ce rapport justement privilégié entre le paparazzi et la célébrité politique et médiatique n’est plus aussi complice… ( c’est vrai d’ailleurs aussi entre les grands journalistes et les hauts responsables politiques…)
      Le chat s’amuse avec la souris et réciproquement, en oubliant parfois que c’est un peu  » contre nature « …D’où des dommages collatéraux…

      En fait, elle est pas finalement si facile que cela, la vie des gens célèbres…

  12. Ah les paparazzis !! sujet bien tortueux s’il y en est ! est-ce qu’une personne possédant un appareil photo ou un smartphone est un photographe ? Est-ce qu’une personne qui alimente son réseau social ou son blog au jour le jour est un journaliste ?
    Ca me rappelle un peu les discussions de la fin du XIXe siècle sur le fait de savoir si la photographie, à l’instar de la peinture, était digne d’être considérée comme un art à part entière, jusqu’à ce que l’on considère qu’une fois qu’elle fut entrée dans les musées, elle ne pouvait que l’être ! Ca y est les paparazzis rentrent au musée.
    Même si j’avoue que si j’en avais la possibilité, j’irais voir cette exposition, je pense qu’il y a beaucoup de m**** dans ces clichés mais aussi de belles images, mêlant coup de bol et oeil photographique (et c’est pour celles-ci que j’aurais aimé allé voir l’expo). Mais lorsque j’entends la comparaison avec « l’instant décisif » de Cartier Bresson (notion dont il tentera de se défaire, victime de « le poids des photos, le choc des mots » pour le contre-pied!), je trouve ça très pitoyable, désolé.
    Je pense que le succès de cette expo traduit surtout notre voyeurisme actuel, rendu plus aisé par l’internet. Le voyeurisme n’est pas nouveau, mais la surenchère immédiate l’est bien plus. Life, Paris-Match… ont révélé de grands photographes, mais la photo ne vendait plus… repoussons alors les limites.

    Le discours d’Aude est empreint de candeur (et le mien de nostalgie peut-être ?), mais on ne peut pas assimiler un photo-journaliste qui étudie un sujet en amont avant d’aller sur le terrain pour enquêter et l’illustrer dans un article de fond, avec un paparazzi qui fouille les poubelles de ses « victimes » pour prendre une photo d’elles et ensuite les publier en photo-légende de quelques lignes dans des magazines douteux. Que peu nous importe, à nous simple quidam, de savoir qu’untel connu était en vacances avec untel au soleil à moitié nus ? Les photographes de guerre nous montrent des images quelque fois à la limite du supportable (la jeune vietnamienne nue après un bombardement de Napalm de Nick Ut par exemple), mais elles s’inscrivent dans un contexte, un conflit, un témoignage qui touche l’humanité et apprend sur les conséquences sur l’Homme ; mais Sarkozy en vacances ? Hollande & Gayet ? le sexe de Kate Moss ? Romy qui pleure ? c’est de la télé réalité qui nous prête à sourire ou nous attriste tout au plus… c’est le fait d’individualités médiatisées qui, en dehors de leur fonction, dérapent comme vous et moi, mais on est bien content qu’aucun paparazzi ne nous observe alors.
    A moins qu’elles s’inscrivent dans un projet : « la belle et ses démons » ; « la face cachée de l’étoile », « Georges Clooney est gay et boit du thé ! »…

    Qu’il y en ait une exposition ? pourquoi pas ? personne n’oblige quiconque à y aller ; libre à chacun ; on connait certaines de ces images, mais connaissez-vous le nom de leurs auteurs ?

  13. Le débat et la réflexion qui en découle montre bien l’intérêt de l’expo: on y retrouve le fait que dans cette pratique il y a une forme d’art, de très grande valeur, et aussi ce qui peut être considéré comme de l’ordure. L’interview sur RTL montre aussi que cette dualité a été transformée et « redirigée » par de grandes comme Richard Avedon.
    Mais, au fait, dans la peinture, on pourrait avoir le même débat, entre art et poubelle: rappelons nous ce qui s’est passé, entre autre, lors de l’émergence de l’impressionisme ou lors de la 1ère expo du « Radeau de la Méduse »…

  14.  » ….la jeune vietnamienne nue après un bombardement de Napalm de Nick Ut …. »

    En fait Xavier, j’ai vu aussi en parcourant l’expo une photo de Nick Ut…Il semblerait qu’aujourd’hui qu’il fasse partie de cette catégorie de photographes…
    …et c’est vrai Jean-Luc que les photographies de Richard Avedon sont superbes.

    1. Bonsoir Patrice,

      J’ai apprécié ton commentaire avisé (car tu as vu l’expo) et tout en progression.
      J’ai pris l’exemple de cette photo car elle était mondialement connue, mais à part ce prix Pulitzer… de quelle photo s’agit-il dans l’expo ?

      Sinon j’aurais pu prendre les exemples de photos de Larry Burrows, Philip Jones Griffiths ou bien d’autres au sujet de la guerre du Vietnam.

      Sinon, Martin Parr, est-il considéré comme paparazzi en capturant des gens à leur insu ? non ? car il s’agit du quidam ? parce qu’il s’inscrit dans un projet ? que l’humour et les couleurs chatoyantes y sont présents ? ….

      C’est un sujet passionnant qui fait que la Photographie n’est jamais figée (contradiction ?) et qui nous renvoie aux sujets récurrents des jurisprudences sur le droit d’auteur et d’image, toutes relatives, si souvent et bien relatés dans ce blog de Joëlle.

  15. Intéressant…!!!

    Je viens de lire ce matin dans le régional local ( Le Républicain Lorrain ) que le Centre Pompidou a enregistré ce week-end 6100 visiteurs pour l’exposition  » Paparazzis « …Quand on sait que justement le musée était ces derniers mois en grande perte de vitesse au niveau des fréquentations…Cela illustre donc bien que pour attirer les gens à la photographie…et à l’Art.., il suffit de trouver le bon sujet….! Cela nous renvoie bien à la question initialement posée…
    Succès assuré donc…..

  16. Bonsoir Xavier. Tout d’abord, merci pour le compliment, c’est sympa. En ce qui concerne la photo de Nick Ut exposée, il me semble qu’il s’agit d’une photo de Paris Hilton, prise par la « patrouille » et qui se trouve justement dans une voiture de police, sûrement après une situation « délicate » ….
    Bon maintenant, c’est vrai qu’entre les deux photos plus de quarante années sont passées…et les circonstances sont toutes différentes.
    L’autre sujet que vous évoquez concerne plutôt ce qu’on appelle la  » street photography » qui n’a rien à voir avec ce que font les paparazzis et qui s’apparente davantage à ce que faisaient Doisneau ou Cartier-Bresson…qui n’est en aucun cas répréhensible surtout si on s’entoure des autorisations nécessaires…et qui est en plus peut être considéré comme de vrais témoignages de lieux, d’époques, des natures humaines et surtout de vraies créations artistiques.
    Bonne soirée.

  17. Bravo Joëlle pour avoir proposé un sujet qui déchaine autant de passion(s) !

    Recentrons le débat sur la question de départ :
    « Que pensez-vous du principe même de consacrer une expo à des photos de paparazzis ? »
    Pour ma part, je n’achète pas la presse people, je ne la lis quasiment jamais ; je ne trouve en fait aucun intérêt à lire (et voir !) les péripéties personnelles des gens en vue.
    Sur cette question de fond, je réponds que cela ne me fait ni chaud ni froid. Le fait de « faire entrer au musée » ce genre de photos ne me semble pas lui donner quelque caution que ce soit. Si possibilité m’en avait été donnée, je ne serais d’ailleurs pas aller voir cette expo, pour les mêmes raisons qu’exposé ci-dessus.

    Plus subtile est la question de l’internaute qui a suggéré ce sujet :
    « Ne pensez-vous que cette exposition, par la nature même du lieu officiel qui l’habite, c’est-à-dire, un musée consacré aux œuvres d’art, peut risquer justement de légitimiser ce type de photographies et de ce fait ouvrir la voie à de nouvelles jurisprudences du style… » Si un musée national en fait l’éloge…comment ensuite pourrait-on en interdire la pratique…?. »
    Sans être ni juriste ni avocat, je ne vois pas en quoi une exposition peut entrainer une « jurisprudence » quelconque. Certains esprits en déduiront peut-être que, parce qu’un musée en a fait le sujet d’une expo, alors ce genre de photos relève désormais de l’Art et mériterait que l’on s’y attarde et qu’on en parle.

    Pour terminer, et après avoir lu les contributions antérieures, il me semble que certains confondent photo-journalistes et paparazzi . Le premier terme me semble indiquer une profession fort honorable, alors que le second a pris, ces dernières années et à la suite de diverses affaires, une connotation très péjorative liée à cette « presse de caniveau » abondamment décrite par les internautes.

    Cordialement,

    .:caramel_mou:.

    1. Il n’y a pas de confusion entre photo-journalistes et paparazzi. Il ne faut pas non plus enfermer les genres. Raymond Depardon a débuté comme paparazzo avec Angeli. On peut séparer d’un côté les photographes de guerre ou de catastrophes naturelles qui risquent leur vie et de l’autre les photographes de personnalités connues (politiques, chanteurs ou acteurs) qui « ne risquent que des coups de soleil » (dixit Pascal Rostain). Même si l’une est, disons, plus grave et sérieuse que l’autre, ces deux pratiques couvrent toutes deux un événement que ce soit de façon critique ou objective (notons qu’un paparazzo peut tout aussi bien embellir et faire rêver la société que la critiquer). Est-ce être voyeur que de regarder les images d’un président sur un yatch alors qu’il vient juste de déclarer aux électeurs qu’il faut se serrer la ceinture ? L’information, le scoop et la presse sont le terrain commun d’un photo-journaliste et d’un paparazzo. Je vous invite à écouter Pascal Rostain sur le site d’Arteradio http://www.arteradio.com/son/616284/scoop_toujours/
      Comme toute image (comme tout article), elle est là pour être regardée, (il est là pour être lu) et se forger sa propre opinion. Nous sommes heureusement libre de ne regarder que ce qui nous intéresse.

      Je ne pense pas que le conservateur du Centre Pompidou expose des images dénuées d’intérêt. Clément Chéroux affectionne particulièrement les limites esthétiques de la photographie et les controverses qu’elle explore. Il est épatant pour ce choix, dont à vrai dire, je ne pensais pas qu’il ferait tant débat. Cette exposition, puisque nous parlons toujours de l’exposition, montre en effet le côté professionnel du métier, sa démarche, son esthétisme et ses grands noms et souligne par cette démarche les limites et accusations de ceux que l’on nomme paparazzi. Ne doit-on voir que du beau ou du bien ? Ma réponse est non, même si nous sommes dans un musée. Les images exposées ont un sens et une esthétique qui s’inscrivent à la fois dans l’histoire et dans l’art (sans majuscule) de la photographie. Il ne faut pas ignorer ou censurer ce phénomène de la société, probablement un des plus populaire actuellement. Et on retombe inlassablement dans le discours démocratique et populaire de la photographie et sa frontière avec l’art, presque 200 ans après sa création.

      Le problème est ailleurs. L’image que l’on a des paparazzi, péjorative, intrusive, affreuse, rend méfiant à l’idée d’être photographié. Côté droit à l’image, j’ai l’impression qu’il y a un avant et un après les paparazzi. Qu’il y a une époque Doisneau, Cartier-Bresson, Willy Ronis, Elliot Erwitt ou Lisette Model où l’on était fier et flatté d’être capté par l’œil du photographe, même à notre insu et qu’à partir de l’arrivée des paparazzi ce fut considéré comme une exploitation, comme une marchandise et de ce fait, moins flatteur évidemment. Du coup, sans même parler de préjudice, le rapport à la photographie et au photographe est devenu plus frileux. Je m’avance un peu, c’est un autre débat.

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