« Dis Maman, un ambassadeur, ça gagne bien sa vie ? »

jeudi 19 juin 2014

Bonjour à tous,

Au détour d’un mail que me fait parvenir un lecteur, je découvre une nouvelle « tendance » qui semble pourtant bien installée déjà : les « clubs d’Ambassadeurs »..

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Je surfe un peu, et, de région en région, de département en département, de ville en ville, je trouve ainsi des tas de sites ou pages web consistant – et jusque là en effet la démarche est originale – à s’appuyer sur l’enthousiasme des habitants d’un territoire pour promouvoir celui-ci. Les mauvaises langues me diront sans doute que des organismes officiels sont créés et lourdement financés pour faire ce travail, mais là n’est pas mon propos du jour.

Ainsi, on offre parfois à  certains habitants, rejoignant le « club très privilégié » des Ambassadeurs, de visiter gratuitement certains lieux en y amenant leurs invités et leur famille, contre l’engagement, en outre de communiquer autour de l’existence du club pour y amener d’autres adhérents. Il doit y avoir d’autres modalités ailleurs, je n’ai pas tout exploré.

Les avantages semblent dans l’ensemble contrebalancer les engagements, de telle sorte qu’à nouveau, cette initiative me parait emplie de bon sens ou à tout le moins d’une gestion raisonnée des finances publiques dans le but d’un développement potentiellement profitable à tous.

Là où, par contre, cela semble coincer, c’est ce qui se passe ensuite. Pour les habitants qui font visiter les lieux touristiques, j’imagine (et j’espère) que tout va au mieux.

Mais qu’advient-il du photographe qui marque son intérêt pour le concept ? Voici ce qu’a reçu un photographe qui avait « liké » la page de l’un de ces clubs d’Ambassadeurs (ou rempli une demande d’info, j’ignore jusqu’où avait été sa démarche) :

« Vous avez manifesté un intérêt pour recevoir des informations relatives au club Ambassadeurs Facebook et nous vous en remercions. Sachez que la création de ce club est toute récente et sera limité dans un 1er temps à 10 ambassadeurs.

Le principe : Vous êtes un amoureux du territoire et vous avez à cœur de le faire découvrir à travers votre regard et à travers vos photos.
Notre engagement : Vous permettre d’accéder à des lieux de manière exclusive Vous ouvrir les portes de lieux interdits au public
Vous offrir la possibilité de voir le territoire sous un autre angle (du ciel pourquoi pas ?)
Votre engagement : Nous autoriser l’utilisation de vos photos gratuitement sur nos différents supports (avec crédits bien sûr) : docs, newsletter, réseaux sociaux, site web. 5 thématiques de reportages vous seront proposées courant l’année :
(suivent 5 grandes catégories de lieux à photographier, avec des sujets certes passionnants et la possibilité d’accéder notamment par voie aérienne à certains sites, dans une énumération qui remplirait facilement un plein temps pendant 3 ou 4 mois).

A la suite de ces reportages photos, vous sélectionnerez vos plus belles photos qui seront publiées sur notre page Facebook en – Best off tout auteur suite à la sortie thématique – Best off toutes sorties par auteur

L’auteur dont l’album sera le plus liké deviendra notre « Grand Ambassadeur » et remportera un prix (dans le cas de ce mail, il s’agissait d’un repas gastronomique, d’un vol en hélico et d’autres prestations).

Le mail poursuit ainsi : « et encore on vous dit pas tout. Les photos les plus likées seront elles utilisées comme visuel de carte postale que nous mettrons en vente à l’accueil de l’OT

 Voilà vous savez tout Si vous êtes partants, faites moi un retour de mail et nous vous ferons passer un formulaire d’inscription A très vite »

Habituée à des situations classiques que l’on trouve tant sur Internet que dans la vie professionnelle en général, je retrouve les composantes les plus classiques du message dont il faut se méfier :

– le « club très fermé », qui donne l’impression au destinataire de figurer parmi les rares élus  d’un privilège qu’il ne faut en aucun cas partager;
– la notion d’urgence sous-entendue (il n’y a que 10 personnes, les places partent vite… et  pour finir : « Retour de mail »/ »A très vite »)
– « on ne garde que le meilleur » : après toutes ces heures de reportages, et quand vous aurez  livré et montré toutes vos photos, le plus « liké » sera gagnant du lot.

Si j’osais aller un peu plus loin dans la comparaison, je dirais qu’un autre élément-type permettant de reconnaitre les mails dangereux sur le net est souvent la présence de multiples fautes d’orthographe, et la condition était là aussi remplie (je vous les ai corrigées au moment de retranscrire)

On a vu la même chose pour des sociétés « venant de s’implanter dans la région, proposant aux PME et TPE la création de sites Internet gratuits impliquant seulement le paiement des frais d’hébergement«  (à des tarifs prohibitifs) contre le seul engagement de les mettre en contact avec leurs propres partenaires commerciaux….  Ces mêmes sociétés ont fait l’objet de condamnations par les Tribunaux en France ou en Europe puisque bien entendu les sites promis ne furent que peu ou pas du tout développés mais que les frais d’hébergement se montaient à des tarifs à peine avouables.

Bref.. revenons à nos moutons, car après-tout, un vol en hélico mérite peut-être bien cet effort (je parle du vol promis au lauréat, car avant cela c’est en paramoteur) dans l’esprit de certains.

A ce stade, on peut encore considérer cela comme un concours. Rien ne dit toutefois ce qu’il adviendra des photos des 9 autres élus qui n’auront pas remporté le premier prix. Et dommage également que le règlement ne soit apparemment accessible nulle part. Poursuivons….

Par contre ce que l’on sait, c’est qu’outre la campagne de communication, c’est du commerce que feront les initiateurs de cette belle idée. Dans le paragraphe « on ne vous dit pas tout« , il est question de mettre en vente les visuels sous forme carte postale. Certes, « carte postale » est laissée au singulier (n’y aurait-il donc qu’un seul modèle, du moins jusqu’à ce qu’on explique au photographe que ses photos sont à ce point magnifique qu’elles valent d’être déclinées en une collection complète ?).

Pour combien de temps ?? Aucune mention de ce qu’un contrat sera au moins proposé au photographe…   On lui affirme par contre que son nom sera mis sur les photos ! Mais ceci l’aidera-t-il à remplir son frigo ?

L’internaute qui m’envoyait le mail s’interrogeait sur l’éventuelle qualification de travail au noir. Ca pourrait être à creuser également, surtout si les directives de prise de vue s’avèrent précises. Ainsi par exemple, à propos de l’un des bâtiments auxquels un accès privilégié est réservé au photographe, il est précisé «  avant son ouverture pour permettre des prises de vues de la salle des jeux et des plafonds impossible si ouvert au public« . Le monde appartenant à ceux qui se lèvent tôt, le photographe pourra donc, non content d’y passer 3 mois, respecter les consignes de prises de vue si des sites doivent être photographiés avant l’arrivée du public. Fort heureusement, ce bâtiment-là n’était pas de ceux qui ouvrent de bonne heure, ce qui lui laissera le temps de dormir, s’il a toutefois pu traiter les autres photos.

Ce qui est certain, par contre, c’est que la cession de droits qui est évoquée pour l’impression sur les cartes postales (et sans doute d’autres supports, ne nous leurrons pas) ne remplit apparemment aucune des conditions légales. S’il est dans l’intention de l’OT expéditeur de ce mail de prévoir ensuite une formalisation plus régulière de l’opération, je serais curieuse de voir en quels termes. Mais dans l’immédiat, il semble bien que le flou total encadre la réalisation de cette très belle campagne de communication qui coûtera le prix des entrées et prestations des 5 lieux à visiter…
…  et que ne feraient certains pour prendre des photos aériennes…

Libre à vous bien sûr de foncer…  mais faites-le au moins en connaissance de cause. Un photographe qui répondrait simplement à une commande de cette ampleur ferait AUSSI supporter le coût du vol par son client !)

Je ne dis pas bien entendu que TOUS les « Clubs des Ambassadeurs » proposent ce type de prestations. Je n’en ai aucune idée. Mais il en est au moins un qui l’a fait, et au vu de la tendance générale des collectivités territoriales lorsqu’il s’agit de se constituer une banque d’images, je crains fort que le cas ne soit pas isolé… du tout.

Si vous avez d’autres expériences à ce sujet, n’hésitez pas à laisser un commentaire ci-dessous.

Bon vol.. euh.. bonne soirée !

 

Joëlle Verbrugge

 

 

Catégorie : Droit d'auteur
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5 réflexions au sujet de « « Dis Maman, un ambassadeur, ça gagne bien sa vie ? » »

  1. Je ne connais vraiment pas d’autre métier ou l’on propose ouvertement au gens de les arnaquer… mais il est vrai que photographe est un métier où l’amateurisme et le professionnalisme interfèrent aussi souvent… Pour un métier comme le notre, de la part de ceux qui y sont extérieurs, la notion de droit d’auteurs de rémunération et de « dédommagement » se confondent souvent.
    Bonne soirée…

    • En effet Jean-Louis.. et je m’en vais de ce pas préparer pour mes enfants un grand plat de « dédommagement ».. j’espère que ça va les rassasier 😉

    • Juste un aparté : si si il y a d’autre métiers où l’on propose régulièrement à des pros de s’auto-arnaquer et où la concurrence/ le mélange avec les amateurs est aussi très important : musicien 😉

      J’ai des amis musiciens pros qui ont reçu un nombre assez important d’offres exceptionnelles pour jouer au mariage d’untel gratuitement car attention, la presse sera présente et ça vous fera un super coup de com… reste à savoir si la Presse en question était payée car bon ils pouvaient assister gratuitement à un super concert….

      Sinon par rapport à l’article perso j’trouve que ça sent pas top comme offre..

  2. Malheureusement, les amateurs, qui par ailleurs font de magnifiques photos pour certains, voir même meilleures que certains pro, sont trop contents de voir leurs photos ainsi exposées et donc il y en aura toujours pour répondre à ce genre de demandes….d’ailleurs ne nous y trompons pas c’est bien à eux que s’adressent ce genre de demande !! et tant pis pour les pro qui doivent vivre de leur métier et payer leur charges…

  3. Merci…encore pour se triste rapport succulent…, mais a vomir…
    Les responsables de l’ancienne municipalité d’un office du tourisme d’un village très très touristique dans les P.O. ont racheté un très vieux stock de cartes postales éditées il y a plus de 10ans… à des soldeurs… alors qu’il y a des très nombreux détaillants commerçants qui les vendent à l’unité… Mais à l’O.T. c’est business ils les vendent en paquet de 10 et bien évidemment au milieu il y a des rossignols… suite à une pétition générale… ils ont dit qu’après l’écoulement total ils ne recommenceraient plus…

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