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Photographier dans les musées.. ça évolue enfin un peu

Bonsoir à tous,

Je vous ai souvent parlé de la question délicate de la photo dans les musées. Les lecteurs de mon livre sur le droit à l’image auront en outre gardé à l’esprit qu’un groupe de travail s’était constitué au niveau des autorités compétentes afin de réfléchir à l’élaboration d’une charte. Cette commission, il faut le rappeler, ne rassemblait aucun représentant des photographes, ce qui reste en soi une vraie hérésie, mais poursuivons.

Les travaux de cette commission sont à présent finis, et le Ministère a publié sur le site officiel une charte en 5 points.

musees

Le PDF de la charte, contenue dans le seul document visuel coloré qui apparaît sur la page, est également téléchargeable au bas de la page officielle.

Comme vous le verrez, les règles édictées par la charte sont un concentré de bon sens dont on peut à présent espérer qu’elles contribueront à détendre un peu l’atmosphère :

– Règle 1 – Interdiction de l’utilisation du flash, dont il est indiqué que l’utilisateur doit le désactiver « dès son arrivée »

– Règle 2 – Interdiction de porter atteinte à l’intégrité de l’oeuvre

– Règle 3 – « Le visiteur peut partager et diffuser ses photos et ses vidéos, spécialement sur Internet et les réseaux sociaux, dans le cadre de la législation en vigueur »
La Charte précise que le site internet des établissements concernés met à disposition des reproductions numériques des collections avec « mention claire des conditions d’utilisation » de façon à favoriser « l’ouverture et le partage des données publiques culturelles »

– Règle 4 : Nécessité d’une autorisation d’un membre du personnel de l’établissement s’il est le « sujet principal identifiable ». La Charte précise à ce niveau « qu’une véritable information sur le respect du droit d’auteur et de la vie privée des personnes est disponible sur simple demande ou simplement téléchargeable ».

– Règle 5 : Enfin, il est prévu que « pour une prise de vue nécessitant un matériel supplémentaire, le visiteur doit faire une demande d’autorisation spécifique« , étant précisé que « des activités artistiques et culturelles autour de la pratique photographique sont organisées pour tous les publics« .

La question fondamentale qui reste posée est à mon sens celle des prises de vues professionnelles dans les musées. Certes la charte prévoit que s’il s’agit d’utiliser du matériel supplémentaire, une autorisation doit être demandée. Ce point précis ramènera donc les professionnels, dont la société qui se bat régulièrement contre les autorités administratives, vers le « bon vouloir » des maires ou des préfets à qui les autorisations seront demandées. Et l’évolution récente n’est à cet égard pas très positive (voir à cet égard les articles publiés ICI, ICI, et ICI.)

En pratique, que se passera-t-il toutefois lorsque le professionnel n’entend pas déployer de matériel supplémentaire ? Pourra-t-il sans difficulté invoquer la charte pour exercer son travail en toute sérénité ? Rien n’est moins sûr. L’évolution reste donc à surveiller à ce niveau. Pour les visiteurs « ordinaires », la situation s’améliore par contre nettement. D’autant plus que le préambule de la page indique que la charte pourrait être amenée à s’appliquer également dans d’autres institutions culturelles.

Dès que j’aurai un moment j’explorerai le site de quelques musées pour examiner les infos qui sont censées être données sur les droits de diffusion, le droit à l’image, etc.

Affaire à suivre donc dans la pratique. N’hésitez pas à venir faire part de vos témoignages à cet égard.

Joëlle Verbrugge

15 commentaires sur cet article

  1. Effectivement cette nouvelle charte procure une souplesse intéressante pour les visiteurs de musée que nous sommes.
    Bien entendu s’il est d’aucun intérêt, même pour un amateur éclairé de chercher à photographier une œuvre magistrale telle quelle accrochée sur les cimaises…, des ouvrages spécialisés réalisés par des photographes professionnels et expériméntés présenteront naturellement des reproductions de bien meilleures qualités techniques et artistiques….Il est néanmoins souvent très intéressant de chercher à saisir la présentation de la dite œuvre dans un lieu particulièrement bien choisi et dans une disposition originale et personnelle ,d’éclairage, d’angle ou de décor…
    On peut aussi, avec les autorisations et les précautions adéquates et indispensables bien sûr, y inclure pourquoi pas des spectateurs et leurs attitudes, donnant ainsi à l’œuvre, une nouvelle portée.
    Je me suis dans un passé récent essayé à cet exercice lors expositions réalisés dans des lieux emblématiques ( R.Doisneau, Nikki de Saint Phalle au Château de Manderen, Grands Maîtres au Centre Pompidou, P.Demarchelier au Petit Palais…) et j’avoue y avoir trouvé un intérêt certain… mais avec toujours la petite crainte de sortir mon appareil au bon moment, en évitant le regard désapprobateur du gardien…
    Du coup maintenant plus de liberté de manoeuvre certes mais reste à voir cependant comment dans les faits, cette charte va être acceptée par les autorités des lieux d’expositions…A suivre donc…Mais je pense que je vais profiter de l’occasion quand cela va se présenter sans oublier de me munir d’une photocopie de la charte en question…Au cas ou….

  2. Ah enfin ! Cette loi existait déjà en Espagne. A l’entrée de chaque exposition existe un panneau qui indique que la photographie sans flash est autorisée. Je suis icono et j’avoue qu’il est pratique d’enregistrer certaines oeuvres marquantes ailleurs que dans sa mémoire et de pouvoir enfin garder une image réelle pour pouvoir la montrer le jour où l’on veut la proposer.
    Concernant l’utilisation de ces images, si elle est d’autre nature que personnelle (et que l’on souhaite la mettre sur son site, sa page fb, etc), doit-on appliquer le droit d’auteur ? Il est important peut être de le préciser. Je pense qu’il est évident que oui, donc pas pour les oeuvres de Jacques-Louis David mais pour celles de James Ensor par exemple ou les photos de Henri Cartier-Bresson… Les fameux 70 ans après la mort de l’auteur. Concernant cette loi, que pense les ayant-droits ?
    Par ailleurs cette question en effet est très intéressante du côté des professionnels. Devront-ils payer encore une redevance hors de prix (comme il est souvent le cas) pour obtenir l’autorisation nécessaire ou bien là aussi, la reproduction d’oeuvre se démocratise et l’accès y est facilité aussi ? Cette redevance atteint parfois des sommes conséquentes pour une seule oeuvre, donc je me pose la question. Car ce sont bien les images de professionnels que nous iconographes, nous utilisons lorsque nous avons besoin d’une bonne qualité pour la publier. La loi a t’elle aussi évoluée pour eux ?

    Merci Joëlle pour vos lumières.

  3. Bonjour, une question, le « matériel supplémentaire » s’entend « supplémentaire à l’appareil photo » je suppose ? Donc un pied est un matériel supplémentaire ? Ou parle-t-on uniquement de matériel de studio (éclairage …) ?

  4. Mon grain de sel en quelques remarques sur la Charte :
    – concernant la règle n°1 (désactivation du flash) : nombre de photographes ne désactivent toujours pas le flash de leur photoscope, et encore moins de leur smartphone… Ça fait désordre…
    – concernant la règle n°5 (matériel supplémentaire) : j’abonde à ta réponse à D. Stanus. Très souvent, le trépied est interdit car gênant la circulation des visiteurs (que dire alors d’un éclairage supplémentaire !). Par contre, est-ce que le monopode est toléré ou bien interdit ?… Je sais, je pinaille …

    .:caramel_mou:.

  5. Juste une petite précision pour  » Caramel_mou… » En fait il est bien possible que le monopode soit interdit pour une toute autre raison, celle de la sécurité . Dernièrement, lors d’une visite d’une exposition au Grand Palais, j’ai effectivement vu un visiteur obligé de reporter son parapluie à l’entrée et ceci pour éviter une éventuelle dégradation d’une oeuvre…Donc pourquoi pas un monopode pour le même motif…

  6. Bonjour
    Cela peut il être aussi appliqué aux les musées municipaux et privés ?
    Quid de l’évolution des prises de vues dans les parcs ou devant certains monuments où on se fait « éjecter » dès lors qu’on dispose d’un appareil correct.

  7. Bonjour Caroline, c’est par Tonton Photo que j’ai pu connaitre votre blog.
    Je dois créer mon site pour maison d’hôtes en Septembre prochain avec un graphiste .
    Comment protéger ses photos et en rester propriétaires dans le cas évidemment de téléchargement mais aussi pour qu’elles ne soient pas englouties ou resservies par des sites comme Face Book etc….

    Merci d’avance.

    1. Bonjour,
      J’ignore à qui vous vous adressez, car je m’appelle Joëlle et ne connais pas de « Tonton photo ».
      Cela étant, et sur le fond, il n’y a pas de solution miracle.. mais une insertion dans un diaporama en flash par exemple, avec un filigrane visible est déjà un moyen de prévention utile.
      Cordialement,
      Joëlle Verbrugge

  8. Comme à son habitude, le ministère de la culture sait défendre les ayants droits de la musique et du cinema (notamment les professionnels) mais il est incapable d’aider les professionnels de la photographie !  » Règle 5 : Enfin, il est prévu que « pour une prise de vue nécessitant un matériel supplémentaire, le visiteur doit faire une demande d’autorisation spécifique« on voudrait faire plus tendancieux qu’on y arriverait pas ! je veux faire une photo dans un musée avec un crayon en premier plan, je dois demander une autorisation !
    Si les photographes pro faisaient la grève en ne prenant plus de photos de notre patrimoine (les musées, voie publique, de chateaux, des batiments, …) peut-etre que le ministère déciderait d’aider les photographes pro. le photographe est le témoin d’une epoque, d’une société …

    1. « Si les photographes pro faisaient la grève en ne prenant plus de photos … » de nos hommes politiques 😉

  9. Bjr
    J’ai tout lu avec beaucoup d’attention et en effet, cela semble évoluer.
    Toutefois s’agissant de la notion de cadrage restrictif ou individualisé, pour les personnels des musées, quelle importance si la photo est conservée pour le seul usage privé du photographe sans diffusion ou publication de l’image ou que la personne employée du musée n’est pas aisément reconnaissable ?

    Les rédacteurs de cette charte ne feraient ils pas la différence entre  » simplement prendre une photo » et  » publier, diffuser ou exploiter une photo » ?

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